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De l’eau, des arbres et l’éducation des petites filles pour sauver notre planète

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Explorateur pétrolier, chasseur d’or et de diamants et désormais traqueur des réserves d’eau dans les entrailles de la Terre en Afrique, voici Alain Gachet, le Möïse de notre siècle. Nommé chevalier de la Légion d’honneur en janvier 2015, il vient d’être élu membre de Space Foundation Hall of Fame, émanation de la NASA, en avril 2016, pour son application des technologies spatiales et son engagement dans l’amélioration des conditions de vie de l’humanité.

Surprenant destin d’un enfant né à Madagascar, diplômé de l’École des Mines et parcourant le monde pendant plus de vingt ans pour trouver du pétrole ! Mais un beau jour, ce fut la rupture et le voilà embarqué dans d’autres aventures, vers d’autres cieux jusqu’au jour où l’eau est devenue la passion de sa vie. « Il y a dans les sous-sols, soixante fois plus d’eau douce que dans les lacs et rivières », et même suffisamment pour 9 milliards d’êtres humains. Mais à condition de changer notre urbanisme et mode de vie, car selon l’UNESCO, l’eau risque d’être un problème mondial majeur en 2020.

Madagascar, son enfance et les forages pétroliers

« Je suis un enfant de la brousse », a-t-il déclaré d’emblée comme pour justifier sa curiosité, sa débrouillardise et ses péripéties dans les déserts. Il a découvert l’électricité à six ans, Mozart à huit ans et à quinze ans, il sait donc tout faire par lui-même. Puis viennent la radio, le débarquement sur la lune, la conquête spatiale. « Très tôt, j’ai rêvé d’être un scientifique pour suivre les traces de John Glenn, Buzz Aldrin et Youri Gargarine ». Fasciné par l’atome, il aurait pu devenir physicien. Mais, « j’ai basculé à l’Ecole des Mines au grand désespoir de mes professeurs de physique nucléaire, pour m’occuper de la terre, beauté triviale mais fascinante et inconnue ! »

Pendant vingt ans, il s’est embarqué dans l’exploration pétrolière. Et son taux de réussite a été de 80%. Et suite à ses découvertes de gaz en Mer du Nord, il a décroché le Prix de l’Innovation chez Elf Aquitaine.

De ses négociations sous les yourtes du Kazakhstan dans les grandes plaines d’Asie Centrale, il est parti au Congo Brazzaville puis sur le champ de gaz géant du Qatar, le plus grand gisement de gaz du monde.

Il est donc l’un des ingénieurs les mieux cotés, mais aussi l’un des plus indisciplinés.

Hélas, la dérive malencontreuse de son entreprise lors de sa privatisation, à Brazzaville après une période de 4 ans de 1992 à 1996, l’amène à claquer la porte : il créé sa propre société en 1999. Et fidèle à lui-même, il part à la conquête d’autres richesses.

« Il faut toujours avoir la tête dans les étoiles pour l’inspiration et l’imagination, et les pieds dans la boue pour ne pas perdre le sens de la réalité », est son credo.

L’eau, une inspiration divine

« Je suis né explorateur, et je reste un explorateur. »

Il s’est mis, en 1996, à flirter avec les labos de recherche militaires américains, à la recherche de l’or. Au Congo, les chercheurs, depuis le 19ème siècle, ont trouvé de l’or dans des régions reculées de la forêt vierge du Congo. En combinant les techniques d’exploration traditionnelle des Pygmées avec la puissance des satellites imageurs- radars, il a fini par mettre au point une façon expéditive de trouver de l’or par lui-même.

C’est ainsi qu’il s’est découvert un nouveau métier : observateur de l’environnement en combinant les connaissances millénaires des peuples de la forêt, les nouvelles technologies et la physique moderne. Il a tout simplement combiné les connaissances du passé et du présent.

Sa vie a basculé en 2002 en plein désert de Syrte, lors d’une prospection pétrolière en Lybie. Les radars ont détecté une immense fuite d’eau dans l’immense aqueduc de 4 000 km enterré conçu par Kadhafi : la « Grande rivière artificielle ». Cette eau abondante, tombée à l’époque préhistorique, suffit à ravitailler toutes les villes du Nord de la Lybie en eau potable pour les deux siècles à venir.

Conscient que la détection des fuites d’eau souterraines le mènerait tout droit à la détection d’aquifères plus profonds, il parvenait alors à éliminer des images radar tous les obstacles de surface pour ne garder que les signaux indicatifs des nappes d’eau souterraines.

Et une nuit, Eurêka, comme frappé par l’inspiration divine, il crée Watex, pour Water Exploration !

Eclate alors la crise du Darfour. Il faut trouver d’urgence des réserves d’eau pour trois millions de personnes déplacées au Soudan et pour un quart de réfugiés au Tchad sur un territoire aussi grand que la moitié de la France .En deux ans, 1 700 forages ont été réalisés pour couvrir les besoins de six millions de personnes. Le taux de succès atteint désormais 98% !

L’eau jaillit désormais en Angola, dans le Turkana au Kenya, la région la plus aride de toute l’Afrique, en Ethiopie, en Somalie, au Togo et dans le Kurdistan irakien.

Sa vision : une redéfinition complète de l’urbanisme futur

Selon la NASA, il y aurait trente fois plus d’eau sous terre que tous les lacs et rivières connus à ce jour.

« Toutes les eaux de surface sont de plus en plus polluées, car directement affectées par l’urbanisation intensive, la démographie galopante et par les changements climatiques. Certains pays seront soumis à des inondations, d’autres à des sécheresses catastrophiques. »

Il y aurait donc assez d’eau pour nourrir 9 milliards de personnes, mais ces nappes souterraines n’ont pu être encore identifiées. Et une fois connues, il faudrait redéfinir la répartition des populations.

Toutes les grandes villes actuelles ont été bâties sur des eaux de surface, comme Paris sur les berges de la Seine, Lyon au confluent du Rhône et de la Saône, toutes les grandes villes industrielles le long du Rhin, le Caire et Alexandrie le long du Nil, ce qui n’a rien à voir avec les eaux souterraines. L’urbanisme futur basé sur les eaux profondes sera totalement différent.

« Finies les plantations de coton, de maïs et de riz alors en plein Sahel ! Il vaut donc mieux acheter ce riz aux populations asiatiques qui vivent au rythme de la mousson. Il faut donc adopter un changement d’attitude et intégrer toutes les ressources que nous donne la science. La nature est généreuse, mais il faut l’aimer et la comprendre. On ne lutte pas contre la nature, on lutte avec la nature. On ne lutte pas contre la sécheresse, on lutte avec la sécheresse », martèle-t-il.

Il faut aussi une redéfinition complète des plans d’urbanisme du futur dans toutes les zones de vulnérabilité climatique comme en Irak, en Syrie, au Yémen, en Lybie.

Il faut rappeler que la Syrie, tout comme la corne de l’Afrique, a souffert de graves périodes de sécheresse récurrentes depuis 2007. Ce facteur a été ignoré par presque tous les stratèges.

« L’eau a toujours été un vecteur important des migrations. Valeur puissante et source de vie sur terre, elle est la seule denrée qui ne soit pas cotée en Bourse. Quant à l’Europe, elle devrait, un jour, penser sérieusement à participer au développement des ressources hydrogéologiques et agricoles des pays de l’Afrique et du Moyen-Orient.  »

Tout le monde est désormais touché par le changement climatique.

« Je dis souvent, avec provocation, que j’aime la richesse car la richesse crée la paix ! Acculé à la survie, tout être humain devient violent, quelle que soit sa culture. Certains disent que la richesse crée la convoitise, mais l’opulence se partage plus facilement que la pénurie et assure la paix même», affirme-t-il avec conviction.

Son rêve le plus cher

Mille puits minimum au Turkana, mille puits en Irak pour répartir la richesse dans l’agriculture et augmenter le nombre de récoltes. On est à la veille d’une révolution, il faut donc y croire. Et si on ne fait rien, une guerre de l’eau inéluctable prendra le dessus. Elle a déjà commencé en Irak, en Syrie, au Yémen, en Somalie, et bientôt au Kurdistan, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan.

« Si j’avais un programme mondial qui me permettait d’imposer certaines lois, je parlerais du droit à l’eau potable par un détour paradoxal suivant : du devoir d’éduquer toutes les petites filles et de planter des arbres. »

Une petite fille bien éduquée prendra conscience du prix de l’éducation et trouvera son bonheur d’élever deux ou trois enfants et pas plus, ce qui permettra de réduire une démographie incontrôlée. Et les arbres feront revenir les précipitations pour changer le climat. Leurs racines permettront à l’eau de s’infiltrer dans le sol, de recharger les aquifères, et l’eau abondante ne reviendra qu’à cette condition.

« Et c’est alors et simplement après ces devoirs que les droits à l’eau potable trouveront leur légitimité. Le devoir fondamental pour chaque personne est de planter, au moins, deux arbres dans sa vie, c’est peu, vraiment peu mais ça fait 18 milliards d’arbres en tout pour chaque génération ! » a-t-il conclu, toujours aussi enthousiaste à 65 ans.

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