Savoirs

« Jamais parfait …, mais un instrument d’évaluation fiable de l’enseignement »

andreas schleicher

Les résultats tant attendus de l’enquête PISA destinée à évaluer, tous les trois ans, les compétences de jeunes de quinze ans dans les domaines de la lecture, des mathématiques et des sciences, ont toujours suscité débats passionnés et controverses. Mais pour Andreas Schleicher, Directeur de l’éducation et des compétences en charge de PISA à l’OCDE, l’outil, malgré ses imperfections, reste un indicateur des systèmes éducatifs dont certains peinent, parfois, à intégrer les élèves moins performants.

D’après l’UNESCO, « le droit à l’éducation est un droit fondamental de l’homme ». Mais ce droit à l’éducation est refusé à certains groupes sociaux et des filles dans de nombreux pays. Il y a environ 200 pays dans le monde, et seulement 70 prennent part à l’enquête PISA. Que faudrait-il faire pour améliorer cette situation ?

PISA s’est considérablement développé depuis 2000. Avec 43 pays au départ, il y a maintenant 80 pays participants. Tous les pays sont les bienvenus. Le système est ouvert. Aux pays de décider, s’ils sont prêts pour l’évaluation. Tous les ans, de plus en plus de pays y participent.

Que pourriez-vous faire encore pour attirer plus de pays, car ceci est un instrument pour favoriser leur développement et l’éducation des jeunes générations ?

Nous avons commencé à travailler avec des pays comme le Sénégal, la Zambie, l’Equateur, le Guatemala, le Cambodge et le Honduras. Chaque année, nous aidons de nouveaux pays à s’y préparer. Il faut du temps, c’est un processus complexe. Certains pays doivent mettre en place une infrastructure, d’autres font ce qu’ils peuvent.

Quel est l’objectif de PISA ?

L’objectif étant d’améliorer la qualité de l’apprentissage. Nous voulons nous assurer que tous les enfants aient accès à une bonne éducation, qu’ils ne restent pas tout simplement assis sur les bancs de l’école, mais qu’ils y apprennent vraiment quelque chose.

PISA évalue les enfants à l’âge de 15 ans. N’est-il pas trop tôt pour cela ?

Cela dépend. A 15 ans, beaucoup pensent déjà à ce qu’ils veulent faire avec ce qu’ils ont appris. Ce n’est pas encore la fin de la scolarité, mais c’est le moment d’évaluer le résultat de l’enseignement acquis. Beaucoup de jeunes de 15 ans ne maîtrisent même pas les compétences les plus élémentaires. Il faudrait donc agir de suite ! Nous ne voulons pas faire l’évaluation trop tard, car il pourrait même être trop tard pour y remédier.

Est-ce que les pays seraient capables de prendre des mesures correctives en l’espace de trois ans ? Est-ce trop de pression pour certains, vu leur niveau de développement ?

Certains pays ont été capables de faire de grands changements en moins de trois ans. Regardez le Brésil, la Chine, le Vietnam et la Pologne. Oui, nous attendons beaucoup en trois ans. Nous ne pouvons pas nous permettre tout simplement d’avoir une génération d’élèves laissés-pour-compte.

Revenons à la pression exercée, car c’est la principale critique à l’encontre de votre étude. Est-ce trop de pression pour le pays même ?

Non, je ne suis pas d’accord ! Je pense que les enfants qui ne reçoivent pas une bonne éducation, auront un parcours de vie difficile de nos jours. Nous ne pouvons nous permettre d’avoir un système éducatif qui délaisse de larges populations de jeunes. Certains ne vont même pas à l’école. C’est inacceptable ! Je pense que nous sommes en droit d’attendre que le gouvernement agisse rapidement. Un des objectifs de PISA est de montrer que nous ne faisons pas assez.

Que font les pays avec vos recommandations ? A quel genre d’obstacles doivent-ils faire face dans leur mise en œuvre ?

Ils sont variés. Certains ont vraiment exploité les résultats. Dans la première étude en 2000, le Brésil était dernier au classement. Et ils ont fait d’énormes progrès depuis. Ils ont réussi à réduire le nombre d’élèves peu performants et augmenter le nombre d’enfants scolarisés. Quant à l’Allemagne, mon propre pays n’était pas non plus très bien placé à cause des disparités sociales. Mais une fois encore, le pays a réalisé d’énormes progrès, surtout pour les enfants issus de l’immigration.

Il existe divers obstacles dans la mise en œuvre des mesures. Certains pays souffrent d’un manque de ressources pour construire un bon système éducatif. Certains préfèrent investir dans d’autres choses que l’éducation. Certaines améliorations ne nécessitent pas plus de ressources, mais une meilleure allocation des ressources. Par exemple, au lieu d’attirer les meilleurs enseignants dans les écoles les plus difficiles, ils font le contraire. Ils donnent les meilleurs enseignants aux enfants les plus privilégiés.

Dans votre rapport de février « Les élèves en difficulté : pourquoi décrochent-ils et comment les aider à réussir ? », un élève sur quatre n’a même pas le niveau le plus élémentaire en lecture, en mathématiques et en sciences. Quelles sont vos recommandations ?

Il est essentiel pour les pays d’identifier, très tôt, les élèves moins performants, car il est très peu probable qu’un élève moins performant puisse devenir un élève performant. S’il ne s’en sort pas et si rien n’a été fait, il ne peut pas rattraper le retard par lui-même, sans aucune aide. Le recours à un outil pour les identifier permet de mieux cibler les moins performants.

L’éducation dès la petite enfance permet de compenser l’inégalité sociale. Les parents doivent être les premiers concernés, en s’intéressant aux activités scolaires et en passant du temps avec leurs enfants. Toute la collectivité, à savoir le système éducatif et l’entourage au sens large, doit aider les enfants, surtout ceux qui viennent des familles défavorisées.

Quant aux immigrants, ils doivent recevoir une aide supplémentaire dans l’apprentissage de la langue du pays hôte. Surtout dans les deux premières années pour améliorer leur niveau d’éducation. Si les pays le font bien, ils peuvent en tirer bénéfice.

L’étude PISA a toujours été très attendue et pourtant, soulève beaucoup de critiques. Quels sont ses objectifs et ses limites ?

L’étude PISA reflète bien la performance des pays en matière d’éducation. Nous avons pensé à mesurer les compétences sociales et émotionnelles en 2015, et nous continuerons à travailler dans ce sens. La méthode d’évaluation dans les sciences a été modifiée en 2015. En 2018, ce sera au tour de la lecture et en 2021, des mathématiques.

PISA permet aussi de mesurer la créativité et la pensée créative. C’est un processus en évolution constante, et des adaptations ont lieu, étape par étape, tous les neuf ans.

Le monde est en pleine mutation, PISA va donc intégrer un plus large éventail de compétences. C’est un processus délicat. Il n’est jamais parfait, jamais complet, mais nous devons avoir un instrument d’évaluation fiable de l’enseignement. Il y a des domaines dont nous devons discuter avec les autres, et j’en suis heureux. Les discussions et échanges nous permettent d’évoluer et d’améliorer l’outil.

www.oecd.org

Haut du formulaire

 

 

 

 

You Might Also Like

  • Valjean
    mardi 17 mai 2016 at 21:16

    Good web site! I really love how it is easy on my eyes and the data are well written. I’m wondering how I could be notified whenever a new post has been made. I have subscribed to your feed which must do the trick! Have a nice day! “If you are going to do something wrong at least enjoy it.” by Leo C. Rosten.

    • Marie Therese
      mercredi 25 mai 2016 at 12:20

      Dear Valjean,
      Thank you so much for your warm comment! We’ll do our best to promote education for all children in this world.

  • Go Here
    lundi 18 juillet 2016 at 22:12

    I simply want to tell you that I am just new to blogs and certainly enjoyed your web page. Almost certainly I’m want to bookmark your site . You absolutely have remarkable well written articles. Thanks for sharing with us your web page.

  • bastcilk doptb
    jeudi 11 août 2016 at 07:36

    With havin so much content do you ever run into any issues of plagorism or copyright infringement? My website has a lot of completely unique content I’ve either created myself or outsourced but it seems a lot of it is popping it up all over the web without my authorization. Do you know any techniques to help prevent content from being stolen? I’d really appreciate it.

    • Marie Therese
      jeudi 11 août 2016 at 10:57

      I’m quite aware of the issue. Unfortunately, I’m as « powerless » as you.

  • Jacquelin Papandrea
    vendredi 12 août 2016 at 11:32

    What i don’t understood is if truth be told how you’re no longer actually much more well-favored than you may be now. You’re so intelligent. You already know thus significantly in terms of this topic, produced me individually believe it from so many various angles. Its like men and women don’t seem to be involved unless it is one thing to do with Woman gaga! Your own stuffs great. Always care for it up!

  • Teddy Shriner
    vendredi 12 août 2016 at 11:57

    It?¦s actually a cool and useful piece of information. I?¦m glad that you simply shared this helpful info with us. Please stay us informed like this. Thank you for sharing.