Habitat

« Les vieilles pierres contribuent au bien-être urbain »

PauloLobo4

Dix ans déjà que le magazine Wunnen existe ! Un « magazine transversal » s’adressant à toute la chaîne de l’habitat, des pouvoirs publics, architectes jusqu’aux propriétaires et locataires que défend Paulo Lobo, rédacteur en chef et photographe depuis son lancement en 2007. Témoin de la métamorphose du paysage urbain au Luxembourg depuis une décennie, il nous livre un regard réaliste, teinté de regrets et d’espoirs sur cette Cité médiévale et millénaire. Mort de petits commerces, emballement des prix, poussée des blocs, mais aussi le dynamisme culturel et insolent de Lux-Ville, a-t-il constaté.

Les prix de l’immobilier se sont envolés ces dernières années. D’où vient cette hausse si vertigineuse ?

Depuis 2007, les normes énergétiques se sont renforcées, surtout avec le Pacte Logement de 2008. Depuis janvier 2017, plus question de construire ou d’acquérir un nouvel habitat sans le triple A. Entretemps, les prix ont flambé. Double pression pour les nouveaux acquéreurs.

Avec cette obligation de triple A, standard passif, les nouvelles constructions, pour éviter toute déperdition d’énergie, sont devenues des cubes blancs bien lisses.

Autre cause de flambée des prix, la gentrification ou l’embourgeoisement dans les quartiers comme à Bonnevoie, Clausen, Pfaffenthal, Grund, Limpertsberg, Cessange… Les rénovations et par conséquent la valorisation de ces quartiers fait monter les prix. Les anciens locataires cèdent la place aux nouveaux, prêts à payer plus pour résider à proximité de leur lieu de travail, mais aussi pour pouvoir profiter de l’immense offre culturelle dans la capitale.

Pourrait-t-on encore trouver son bien-être dans ces « cubes blancs » ?

Avec cette contrainte du triple A qui renchérit le prix du logement, et pour ne pas faire flamber encore les prix, le promoteur se résout à limiter son offre à quelques modèles ou variations. Des cubes blancs sont devenus des habitats « cliniques », une sorte de microclimats anxiogènes. Et certains, si leurs moyens financiers le permettent, cherchent à « personnaliser » à travers un ameublement original et sophistiqué. D’autres font tout simplement le choix d’une maison ancienne, souvent rénovée avec l’aide d’un architecte. Et même si un architecte coûte un peu plus cher, il sait vous accompagner dans la recherche d’une plus grande qualité pour l’habitat.

Et peut-être un jour, grâce aux innovations dans les matériaux, on saura bâtir des maisons chaleureuses et écologiques où il fait bon vivre !

Les rénovations et nouvelles constructions attirent une nouvelle population. Est-il possible de créer une certaine mixité sociale ?

Prenons le cas de Differdange que je connais bien.

La demande de logements est forte. En bâtissant de nouveaux logements sur les anciens terrains d’Arcelor Mittal, les autorités publiques ont voulu attirer une population qui ne peut se permettre un logement à Lux-Ville. Et il est cependant à regretter que les rez-de-chaussée de ces immeubles ne soient pas dévolus à de petits commerces ou des centres artistiques ou culturels – café, boulangerie, épicerie, galerie, cinéma … – susceptibles d’attirer les gens de l’extérieur et de créer des espaces de rencontre entre nouvelles et « anciennes populations.

Ceci étant, le parc Edmond Dune et l’accès du parc du Château au public constituent les deux grandes réussites de ce vaste projet de réhabilitation. Par beau temps, toutes les populations se croisent et se confondent, comme pour créer un lieu commun à eux tous.

D’anciens bâtiments historiques ont été détruits pour faire place à de nouveaux immeubles. Que faut-il faire pour sauvegarder les autres ?

Des maisons de maîtres sur le boulevard Royal, rachetées et démolies, ont laissé la place à une cacophonie architecturale. Tout comme la Maison Berbère dans le Quartier de la Gare remplacée par un immeuble contemporain. Pourvu que l’ancien siège de la Banque du Luxembourg et l’hôtel Alfa et les bâtiments anciens dans les rues adjacentes ne subissent le même sort !

2018 sera l’Année Européenne du Patrimoine. Que les pouvoirs publics prennent conscience de la valeur de ces bâtiments historiques et les préservent pour les générations futures. Mais s’ils se dérobent, aux citoyens de se mobiliser et interpeler les pouvoirs publics pour les contraindre à sauvegarder ce patrimoine !

Luxembourg-Ville, ville millénaire et médiévale, est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. A elle le devoir de préserver la vieille ville avec sa volumétrie historique et une vraie qualité de vie, d’autant plus que les vieilles pierres contribuent au bien-être urbain.

Et quoi de plus merveilleux et enrichissant pour le pays de connaître son passé, pour bâtir le présent et anticiper l’avenir ?

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